Femmes et burn-out : 4 raisons de l’injustice

30 Mai 2023

Femmes et burn-out, l’épuisement féminin exploré en profondeur et objectivé au de 4 grandes inégalités de genre.

Femmes et burn-out : 4 raisons de l’injustice

  • Différences de traitement dans la sphère professionnelle
  • Inégalité dans la répartition de la charge parentale
  • Disparités structurelles de prise en charge de la sphère domestique
  • Différences de réalités en termes de corporéité

Femmes et burn-out – Pourquoi ai-je écrit cet article ?

Cela faisait plusieurs mois que le sujet me trottait dans la tête. Dans ma consultation, je vois au quotidien 80% de femmes. Il y a bien évidemment un biais de genre. Selon une enquête réalisée par le Ministère de la Santé et des Solidarités, 7% des hommes ont consulté un psychologue ou un thérapeute au cours de l’année précédente contre 13% pour les femmes. Mais tout de même ! Je dirige une consultation souffrance et travail. Les hommes aussi subissent beaucoup de choses sur le plan professionnel. Mais la réalité est là : je travaille majoritairement avec des femmes ! Et pourtant les articles que je publie, la façon dont j’ai traité le burn-out dans mon livre édité chez First jusqu’à mon identité visuelle et les couleurs utilisées sur mon site ne sont pas particulièrement orientés sur le genre féminin… Mais le fait est, je travaille en grande majorité avec des femmes durant mes consultations. Et quels que soient les secteurs.

Durant mes années de pratique, j’ai pu constater que les burn-out féminins comportent le plus souvent une pluralité étiologique. En effet, il y a certes souvent un élément déclencheur professionnel. On peut citer harcèlement, surcharge de travail, conflit, absence ou coupure de reconnaissance, réorganisation…). Mais le cœur de l’épuisement est souvent ailleurs.

Bien évidemment, il y a aussi les déperditions de temps d’énergie et de temps liés à notre corporéité. Variations hormonales, menstruations, exigences esthétiques rehaussées sur le genre féminin…, j’en parlerai au début de cet article. Mais le plus souvent, le burn-out trouve ses racines profondes dans la sphère personnelle.

Avec les femmes que j’accompagne, nous rentrons dans le détail de leur épuisement. Nous tentons de l’objectiver (voir symptômes dans l’article Suis-je en burn-out ? 4 familles de symptômes) . Avec différents exercices, nous identifions et quantifions chaque couche. Nous arrivons souvent à cette conclusion. Une grande partie de leur épuisement est dû à l’inégalité de la répartition de la charge domestique et parentale quand il y a des enfants. J’ai pensé au début que certaines de mes clientes n’avaient peut-être pas un partenaire très soutenant. Et puis, l’histoire se répétait avec une invariable régularité. On retombait toujours sur les mêmes discussions, les mêmes conflits, incompréhensions. Jusqu’à que le problème me touche aussi récemment et provoque un divorce que jamais je n’aurais vu venir.

Ce surmenage domestique et parentale se construit insidieusement. Il explique l’incubation parfois longue des burn-out les plus graves que j’ai eu à accompagner.

Femmes et burn-out : Les 2 premières couches de fatigue inhérentes au genre féminin

Femme et Burn-out : des inégalités de traitement dans la sphère professionnelle

De fortes inégalités de rémunération toujours persistantes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après le rapport de l’INSEE édité en 2021, les femmes gagnent en moyenne 24,4 % de moins que les hommes. Le chiffre s’établit à 15,5 % de moins lorsqu’on parle en équivalent temps plein. Voir le rapport sur l’égalité femmes hommes sur le site du ministère)

Même si ces inégalités se sont progressivement réduites sur les dernières décennies, elles persistent. Et elles connaissent même dans certains secteurs un triste essor. En effet, au sein de certaines branches, elles peuvent même atteindre 30 % comme sur le secteur bancaire. Sans rentrer tout de suite dans les causalités, il est crucial de regarder les conséquences de ces inégalités de rémunération. En effet, pour parvenir aux mêmes niveaux de rémunération et décrocher les mêmes postes que leurs homologues masculins, les femmes doivent de fait déployer beaucoup plus d’efforts et dans la durée. Un marathon éreintant, dès le début de carrière (et même encore plus au début !). Il faut sans cesse montrer qu’on a sa place sur un marché du travail androcentré. Un marché du travail à l’origine créé par des hommes pour des hommes. Le chemin à parcourir est bien plus long et exigeant pour espérer parvenir aux mêmes avantages. L’épuisement féminin plus important trouve donc une première partie de son explication au sein de la sphère professionnelle.

Femmes et burn out : une origine dans le syndrome de l’imposteur

Ces écarts de rémunération sont d’autant moins acceptables qu’ils ne trouvent d’accroche explicative valable ni dans le niveau d’études ni dans les compétences. De fait, les femmes réussissent mieux sur le plan académique et atteignent des niveaux de diplôme plus élevés. Mais ces petits ou gros décalages sur la fiche de paie à la fin du mois s’insinuent. Ils pénètrent l’inconscient et viennent mettre le doute. « Ai-je vraiment ma place ? ». « Mon leadership est-il assez fort ? ». « Est-ce que j’en fait assez au quotidien ? ». De fait, on constate que ce décalage installe un sentiment d’insuffisance et parfois d’infériorité. En conséquence, le message de fond est celui-ci : pour espérer gagner la même chose, il faut faire plus, il faut faire mieux. Pour l’instant, vous êtes moins. Toujours faire plus pour ne pas se faire démasquer. Pour prouver qu’on peut avoir sa place pour rentabiliser toutes les difficultés déjà rencontrées.

Cette infériorisation induite est acceptée. Je n’ai jamais compris pourquoi dans la dernière entreprise dans laquelle j’ai travaillé et dont la politique salariale était clairement en défaveur de la population féminine, on n’était pas toute en bas à faire grève et demander une inégalité de traitement. Sous réserve que cette entreprise payait mieux que d’autres de l’industrie, on ne disait rien. Tandis que nos collègues masculins briguaient les meilleurs postes, ceux aux coefficients les plus élevés. Alors qu’on bossait dans les cosmétiques et que pour le coup, on en avait quand même une de légitimité ! Et une plutôt solide ! En tant que femelles s’étant maquillé au moins une fois dans leur vie. Nos VP et leads masculins faisant à peine la différence entre un mascara et un liner. Mais ils nous apprenaient la vie sur la façon de « faire du business ». « C’est compris, jeune fille ? » (Se mordre très fort l’intérieur de la joue et surtout garder son calme).

Femmes et burn-out : Le congé maternité, à l’origine des inégalités femmes hommes

Mais pourquoi est-on moins payées si on fait de meilleures études ? Et alors même qu’on bosse plus et de façon plus consciencieuse une fois en poste ? Où est le piège ?

Femmes et burn-out : origines explicatives de la charge parentale

Il y a une première explication dans l’histoire économique sexuée notamment durant l’industrialisation massive à la fin du 19ème siècle. Les femmes doivent-elles rester à la maison et poursuivre la reproduction de la force de travail et son éducation ou participer elles-mêmes à cette force de travail ? Une demi-réponse est apportée. Le modèle familialiste de monsieur « gagne-pain ». L’homme ayant en tant que chef de famille le rôle de subvenir aux besoins de sa famille). Il est mis en avant. Ce modèle a de fait dépriorisé la femme et son apport dans le monde du travail. En la rendant secondaire sur le terrain professionnel, et le tout avec un salaire plafonné et légalement encadré. D’ailleurs, le capitalisme s’est construit sur cette division sexuée du travail. Les hommes à l’extérieur avec un travail rémunéré et les femmes à l’intérieur.

L’idée de cette politique nataliste et familialiste était vertueuse. Préserver les femmes de la dureté du monde professionnel et de sa pénibilité mais en leur demandant d’accepter en contrepartie un travail laborieux. Un travail qui ne se voit que quand il n’est pas fait et qui n’a jamais de fin. Et le tout, non rémunéré. « Eh oui Jamy ! ». La productivité de l’homme n’était possible que si la charge domestique et parentale était gérée par une femme, et ce gratuitement. Le capitalisme est construit sur un pré requis. Une condition sans laquelle tout s’écroule : le travail reproductif et domestique doit se faire de façon non rémunérée. On voit bien les limites de ce système aujourd’hui. Un petit trou dans la raquette pour le père du capitalisme. Adam Smith (dont la maman lui préparait consciencieusement ses repas et s’occupait de son linge même durant sa vie adulte – true story, si si).

Femmes et burn-out : reconnaître nos fonctions reproductrices

Cependant, avec les prises de conscience largement diffusées depuis les années 60 sur le caractère intolérable de cette inégalité ainsi que l’arsenal légal qui a suivi imposant aujourd’hui l’égalité de traitement salarial, nous devrions être venus à bout de ces satanées inégalités. Et pourtant, ce n’est toujours pas le cas. Pourquoi ?

D’après la bibliographie économique et sociale disponible sur le sujet, l’un des grands responsables, en plus d’une division genrée du travail discriminante pour les salaires féminins, serait le congé maternité.

Comment être aussi rentable qu’un homme aux yeux d’un employeur si un congé maternité risque de venir entraver l’organisation de l’entreprise pendant plusieurs mois ? Et quand bien même l’entreprise parvient-elle à absorber cette absence sur le plan organisationnel. Cela reste plusieurs mois pendant lesquels la femme a dû se retirer de la course. Pendant que ses collègues masculins l’ont continuée et en ont parfois profité pour accélérer et accroitre leurs territoires.

Dans des contextes économiques aux compétitivités accrues, il est logique que chaque employeur cherche à maximiser sa rentabilité. Nos fonctions reproductrices apparaissent alors comme de lourds fardeaux à porter face a une force de travail masculine au présentéisme quasi assuré. En effet, pas de congé paternité long, des congés parentaux rarissimes et plus de présentéisme notamment le soir quand il y a des enfants. Les départs tôt étant souvent mieux tolérés pour les femmes que pour les hommes. En effet, c’est souvent la femme qui s’occupe de récupérer les enfants à la crèche, à l’école / l’étude ou qui assure la relève de la nounou ou de la baby-sitter. Ce qui éloigne d’ailleurs les femmes de certains postes. Ou secteurs nécessitant une présence étendue (combien de postes de partners tenus par des femmes dans le conseil ? ).

Femmes et burn-out : une solution dans un congé paternité revisité

D’après les récentes études qui ont été menées sur le sujet, une solution serait à trouver dans le congé paternité. Un congé paternité obligatoire, d’une longueur identique à celui du congé maternité. Cela permettrait de mettre tout le monde sur un pied d’égalité au moment des embauches, mais aussi lors des promotions. Combien de femmes me livrent chaque jour en séance de coaching qu’on leur a refusé une augmentation car elles rentraient de congé maternité ! Et celles-ci me le reportent avec fatalisme et abnégation comme si c’était parfaitement normal. Mais non ! Ces différences de traitement sont intolérables et doivent être sanctionnées. Et malheureusement, ce n’est pas un congé paternité rehaussé à 25  jours calendaires qui va changer la donne ! 28 jours en tout dont seulement 4 obligatoires pris immédiatement après la naissance de l’enfant) qui va changer la donne. C’est une avancée et saluons là, mais c’est loin d’être suffisant !

Femmes et Burn-out : des inégalités liées à notre corporéité

Notre réalité corporelle et biologique ainsi que notre identité de genre construite dans les diktats d’une société sont le plus souvent couteuses en termes de temps et d’énergie.

Femmes et burn-out : menstruations et réalités hormonales

Il est une autre réalité qui émerge peu à peu mais qui n’est pas encore suffisamment prise en compte. C’est tout ce qui entoure notre réalité hormonale. Tous les mois, nous passons par des états et des changements hormonaux. Des modifications parfois violentes, coûteuses sur le plan physique et psychique. Des montagnes russes hormonales extrêmement douloureuses pour certaines. Notre endurance à la douleur et à l’acceptation de l’inconfort et de l’instabilité est sans faille. Et elle trouve certainement son origine dans ces différences en termes de réalité de corporéité. Mais ce sont des bâtons dans les roues additionnels ajoutés sur notre chemin. Des entraves en plus qui limitent notre productivité. Ce sont des dimensions avec lesquelles nous devons composer. Des réalités à accepter mais qui nous handicapent sur de nombreux plans.

Nous sommes par exemple beaucoup plus anémiées que les hommes compte tenu du taux important de femme qui a des règles hémorragiques. Sans compter les migraines, les instabilités émotionnelles liées à ces cocktails hormonaux explosifs et changeants. Je suis persuadée que si les hommes avaient ce type de réalité physiologique, on leur aurait accordé cinq jours de congé par mois depuis très longtemps. Et cela ne choquerait personne… Comme cela ne choque personne qu’après un cancer de la prostate, des médicaments pour favoriser les érections soient facilement disponibles et remboursés par la sécurité sociale. Alors que des problèmes de sécheresse vaginale au moment de la ménopause sont totalement niés. Ils ne font l’objet d’aucun adressage ou prescription. Et encore moins d’un remboursement quand la solution est trop rarement proposée (injection d’acide hyaluronique vulvo-vaginale).

Femmes et burn-out : exigences physiques attachées au genre féminin

Les exigences physiques esthétiques qui pèsent sur les femmes sont démesurées par rapport à celles que les hommes doivent porter. Je ne dis pas que tout est rose de leur côté, et qu’il n’existe pas des exigences liées à l’idée d’une virilité. Virilité parfois enfermante et culpabilisatoire. Mais on accepte bien mieux un homme légèrement bedonnant qu’une femme ronde. On trouve plus facilement un homme de 50 ans, grisonnant, ombrageux et séduisant, qu’une femme ayant des cheveux blancs qu’elle n’a pas pris le temps ou pas eu le budget de cacher.
On trouve normal qu’un homme soit habillé tous les jours quasiment de la même façon (quel temps gagné devant le dressing !) tandis qu’une femme sera plus facilement considérée comme « négligée » ou manquant de féminité si elle ne fait pas des efforts réguliers sur le plan vestimentaire. 

Femmes et burn-out : épuisement liés aux diktats

Pour être considérées et acceptées dans un univers de considération et de séduction masculine, les femmes doivent déployer des efforts supplémentaires. Si on met bout à bout le temps consacré à l’épilation, à l’entretien capillaire avec ou sans coloration, au maquillage qu’il soit simple ou sophistiqué, au temps de shopping pour trouver des tenues qui nous rendent attirantes (mais pas trop quand même, passons sur les injonctions contradictoires qui transforment nos achats de mode en prise de tête), la déperdition en termes de temps de repos, temps de loisir ou temps de productivité est vertigineuse.

Ce sont plusieurs heures dans une semaine qui sont dirigées, et je dirais même déroutées de nous-mêmes. Détournées de nos propres intérêts. Des heures confisquées qui impactent directement notre sérénité mais aussi notre productivité (en plus de noter porte-monnaie). Cette réalité n’est absolument pas reconnue. Certains hommes objecteront qu’ils ne demandent rien aux femmes. Ni de s’épiler, de bien s’habiller ou de prendre soin de leur ligne. Mais il faut reconnaître que celles qui ne rentrent pas un minimum dans le jeu se voient parfois disqualifiées . C’est une réalité que nous ne pouvons nier.

Femmes et burn-out : charge domestique et parentale

Deux couches insidieuses qui s’installent lors de l’emménagement et explosent au moment de la parentalité

Femme et Burn Out : une inégalité dans la charge parentale

Femmes et burn-out : des inégalités présentes dès la naissance

Revenons sur cette idée d’un congé paternité obligatoire pour les pères. On parle ici d’un congé paternel d’une même durée que le congé maternité. Cela permettrait déjà de faire disparaître les biais de sélection au moment des embauches et de distribution des augmentations. Mais ce n’est pas le plus important. En effet, je le vois chaque jour dans ma consultation. La fatigue des femmes est à trouver dans le travail invisible qu’elles produisent au quotidien. Un travail domestique qui explose notamment à l’arrivée du premier enfant.

Femmes et burn-out : une prise de conscience au travers de mon histoire parentale

L’idée d’un congé paternité me trotte dans la tête depuis des années. C’est à la naissance de mon premier enfant que j’ai commencé à réfléchir à cette thématique. Seule dans mon appartement avec un bébé RGO qui hurlait 20h sur 24, après une grossesse à haut risque qui m’avait clouée sur un lit d’hôpital 4 mois avant l’accouchement, je me demandais pourquoi le calvaire continuait. De plus, j’avais de loin des échos de mon travail et je savais que je perdais du terrain. Et que je devrais suer sang et eau pour le rattraper, qu’importe la bienveillance de mes managers mamans de familles nombreuses.

Mais je galérais. Entre les pleurs de ce bébé qui me propulsaient dans une impuissance et un sentiment d’incompétence que je n’avais jamais ressentis de ma vie, l’implacable répétition des journées. Et la nécessité de faire tourner la maison. Je ne critiquais pas mon conjoint à l’époque. Je trouvais qu’il était très présent par rapport à beaucoup d’hommes de notre cercle familial ou amical. Il était notamment plus impliqué envers son fils. Il passait beaucoup de temps à le bercer, à le nourrir et à jouer avec lui. En revanche, si je prends du recul aujourd’hui, je constate que certes, j’avais de l’aide, mais j’étais la seule à porter l’entière responsabilité de la gestion. De l’orchestration, de l’anticipation, de toutes les choses nécessaires à l’épanouissement et à la bonne santé de notre enfant.

Femmes et burn-out : un congé paternité aussi long que le congé maternité, un rétablissement salvateur

Je ne pense pas que ce soit une volonté de la part des hommes de ne pas prendre cette charge.  C’est juste que structurellement, dans la façon dont les choses sont organisées dès la naissance, cela ne permet pas au père de prendre la pleine mesure de son rôle de parent. Il faut en effet se retrouver seule avec un nourrisson toute la journée, sans aucune aide pour se rendre compte de la charge que ça représente. Oui, il est nécessaire de se retrouver seule toute une journée avec un nourrisson pour pouvoir apprendre à gérer un petit être dans tous ses besoins. Tout en articulant la bonne marche du foyer (linge, vaisselle, ménage, rangement, aménagement et ajustements organisationnels de l’espace pour vivre au mieux cette nouvelle vie, gestion des stocks de consommables, compter le nombre de couches jusqu’au prochain refill au supermarché …).

Femmes et burn-out : un voie de solution par l’expérience

Tant qu’on n’a pas fait ce travail soi-même sur plusieurs jours, on ne peut en effet pas se rendre compte de la charge mentale que ça représente. Pas plus que tant qu’on n’a pas pris à sa charge seul toutes ces responsabilités, il ne nous est possible de déployer des compétences et des stratégies pour monter en compétence sur cette gestion de la charge parentale et domestique. À savoir, penser à plusieurs choses en même temps. Réfléchir aux besoins de chacun et les anticiper, multitasker. Fonctionner en temps masqué pour paralléliser des tâches longues comme faire tourner une machine pendant qu’on vide un lave-vaisselle et fait la cuisine.

Il m’apparaît donc que seule l’expérience de cette réalité quotidienne de chef d’orchestre permet de réaliser l’ampleur et la complexité de la tâche. Et de s’y atteler avec courage, efficacité et régularité.

On le voit donc on voit d’ailleurs que dans tous les pays qui fonctionnent sur ce modèle de congé paternité long obligatoire. Et pris en dehors du congé maternité). Dans ces pays, la charge domestique et parentale est bien mieux répartie. On constate aussi une meilleure santé psychologique des pères qui s’épanouissent davantage dans leur parentalité. Une parentalité plus incarnée et inscrite dans le quotidien. Une parentalité qui leur permet aussi d’établir un meilleur équilibre vie personnelle / vie professionnelle.

Femme et Burn-out : l’inégalité dans la répartition de la charge mentale / domestique.

C’est la BD d’Emma a permis de mettre le sujet au centre du débat populaire. Même si sa thématique avait été développée depuis de longues années notamment par Monique Haicault. La charge mentale, « c’est le fait de devoir penser à un domaine alors qu’on se trouve physiquement dans un autre ». Elle a pour corollaire qu’on n’est jamais présent pleinement à ce qu’on fait. Etant donné qu’on a toujours en tête un grand nombre de boucles ouvertes qu’il nous faut articuler avec les tâches que nous sommes en train de mener et qui n’ont souvent rien à voir.

Cela est d’une part extrêmement fatigant, mais aussi très frustrant. De plus, cela a des impacts sur le plan cognitif. En effet, le cerveau développe une forme d’hypervigilance. Un besoin de contrôle accru pour limiter au plus l’aléa qui vient mettre tout le système par terre. Pas étonnant que les troubles anxieux touchent en majorité les femmes.

Femmes et burn-out : les sources de l’inégalité de la répartition de la charge domestique

Les raisons de l’inégalité de ce partage de la charge domestique sont nombreuses. Elles sont structurelles d’une part dans la façon dont le travail est organisé notamment en termes de présentéisme, on en a parlé plus haut. Elles sont également héritées. Un héritage de long terme mais aussi un historique pas si lointain. Les lois Ferry de 1881-1882 instaurent notamment l’obligation d’un enseignement de travaux manuels obligatoire pour les femmes. À la suite de grande pandémie, en lien avec les progrès de la médecine, la justification s’inscrit dans des exigences hygiénistes nécessaires à la tenue du foyer. Titiou Lecoq dans son ouvrage Libérées, Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale revient sur ces rôles construits et hérités.

En tout cas, quelle qu’en soit la ou les causes je suis épuisée moi-même d’entendre au quotidien ces témoignages de femmes durant les coachings que je mène. Après avoir brossé leur réalité professionnelle et revisité leurs traumas professionnels, nous constatons souvent que les sources de l’épuisement sont protéiformes et trouvent leurs origines au sein du foyer. Et même après un arrêt maladie qui dure depuis plusieurs mois, l’énergie ne revient pas alors que le travail professionnel a cessé. En tout cas, le travail visible et rémunéré a cessé. Mais souvent, le travail domestique et parental ­– celui qui ne se voit pas et qui n’est pas rémunéré – lui n’a pas baissé, voir a eu tendance à augmenter. Eh oui, la femme est en arrêt et est à la maison, il est donc logique qu’elle reprenne certaines tâches à son compte.

Femmes et burn-out : le piège de l’arrêt maladie

La plupart des femmes me disent se sentir coupables de ne pas se charger davantage du linge, des courses et des repas. La plupart se lancent même dans de nouveaux objectifs de gestion domestique, visant à manger mieux, plus écolo, vivre mieux en réorganisant l’espace ou en faisant de petits travaux en attente depuis des mois… De grands chantiers souvent utiles, parfois satisfaisants mais au combien éreintants ! C’est vertueux, mais ça prend du temps et de l’énergie ! Une énergie qui est au centre de la problématique du burn-out. Après un épuisement professionnel, l’obsession devrait être de recharger ses batteries. Mais beaucoup de femmes se débattent avec cet objectif, voire jouent contre leur propre camp durant les premiers temps de leur arrêt maladie.

C’est souvent une dimension que nous reprenons pas à pas, avec des méthodes de coaching systémique, et aussi des méthodes de thérapie cognitive et comportementale pour permettre aux femmes de retrouver leur niveau d’énergie. Des techniques  de PNL ou de CNV sont également utilisées pour initier le dialogue avec le partenaire et permettre de rétablir un équilibre juste et écologique au sein du couple.

Femmes et burn-out : l’importance de prendre au sérieux sa guérison

Je répète souvent aux femmes que j’accompagne que même si leur mal est invisible, elles sont en guérison et qu’elles ont le devoir (attaché à leur arrêt maladie qui leur donne droit à des indemnités journalières de la sécurité sociale) de prendre soin d’elles et de mettre toutes les chances de leur côté pour guérir. Si vous aviez une jambe dans le plâtre, il ne vous viendrait pas à l’idée de courir un marathon et de risquer de vous faire mal à nouveau ! Pour le burn-out, c’est exactement la même chose. Le corps et le cerveau ont besoin d’un immense repos, de beaucoup de calme, et d’une to do list défaite de toutes ces injonctions qui ont mené à l’explosion. Et ce n’est pas en acceptant le gonflement insidieux de la to do parentale et domestique que la guérison du burn-out pourra intervenir (voir article Burn-out : 5 conseils pour guérir).

Femmes et burn-out : conclusions et espoirs

Je pourrais continuer pendant de lignes des lignes, et c’est d’ailleurs ce que je fais en ce moment.  J’ai débuté l’écriture de mon deuxième essai qui est consacré à l’exploration en profondeur de la fatigue féminine, au travers de la dissection des inégalités femmes hommes.

Femmes et burn-out : le piège de la multiplicité des causes

C’est difficile à expliquer, car ce n’est pas une grosse inégalité, une seule, qui va expliquer cette fatigue profonde et cette usure à la fois psychologique et aussi physique et métabolique. Ce n’est pas juste une cause, ce serait trop simple et très facile à solutionner. Non, comme vous avez pu voir dans cet article, c’est une multiplicité d’explications et d’inégalités aux contours protéiformes qui mises bout à bout permettent de saisir l’entièreté de la fatigue féminine qu’on peine à reconnaître aujourd’hui.

Une fatigue devenue un véritable enjeu de santé publique. Il n’y a qu’à regarder le syndrome de fatigue chronique (SFC) qui touche 2 à 3 fois plus de femmes que d’hommes, ou les fibromyalgies (8 femmes pour 2 hommes), ainsi que certaines maladies auto-immunes qui ont une prévalence plus importante au sein de population féminine sans qu’on ait encore compris tous les facteurs environnementaux.

Femmes et burn-out : espoirs et perspectives

Ces sujets sont en cours d’étude et on espère qu’ils avanceront rapidement. Pour faire face aux enjeux du 21ème siècle, nous avons besoin de toute la population, et ce dans le meilleur état possible. Ne sacrifions pas la moitié d’une population en niant sa réalité et ses difficultés qui menacent directement sa santé. Les séquelles d’un burn-out peuvent être graves (troubles cognitifs de long terme, séquelles d’accidents cardiovasculaires, développement de troubles anxio-dépressifs, affaiblissement durable du système immunitaire…).

Et ce n’est pas parce que les la condition de la femme a beaucoup progressé sur les dernières années à l’échelle de l’histoire que nous devons cesser de travailler ardemment pour l’égalité. Je crois profondément à cet idéal de partenariat femme / homme que nous pouvons attendre et espérer. Nous avons tout à gagner à trouver le meilleur terrain d’entente, d’amitié, d’amour et de partenariat, défait d’obligations, de frustrations et de colère. C’est parce que j’aime profondément les femmes (et les hommes aussi – le féminisme cherche légalité et n’a rien contre les hommes, bien au contraire) que je souhaite œuvrer pour cette cause. Une cause qui me semble être la condition d’une vie épanouie tous ensemble et la condition de notre réussite face aux enjeux sociaux, éducatifs et environnementaux qui se posent à nous aujourd’hui.

Je suis coach et formatrice et je vous aide à surmonter des épreuves et challenges professionnels

Emmanuelle Wyart Coach Formatrice épanouissement professionnel

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